Les pinceaux d'art

28 octobre 2022 | blog, Expositions, Savoir-faire

Utilisés depuis la Préhistoire, les pinceaux sont probablement la forme la plus simple et la plus ancienne de brosse. Leur longévité, leur histoire et leurs usages, sont extraordinaires. Aujourd’hui ils sont la spécialité de Saint-Brieuc (Côte d’Armor). Les entreprises Bullier (marque Léonard) et Max Sauer (marque Raphaël) perpétuent les savoir-faire ancestraux indispensables à l’art, au maquillage et loisirs créatifs.

Des lieux et des outils fondateurs

Saint-Brieuc et Barbizon

 

Saint-Brieuc (Côte d’Armor) est la capitale du pinceau d’art. Le festival Le Temps des Sciences et le Musée d’Art et d’Histoire ont accueilli, du 5 au 14 octobre 2018, le format court de l’exposition de la FFB, complété de pinceaux et de brosses produits à Saint-Brieuc. Cette présentation a été reprise au Musée Départemental des Peintres de Barbizon lors des Journées Européennes des Métiers d’Art en avril 2019.

Une pincelière briochine a réalisé des démonstrations de fabrication. Au musée de Barbizon, ces outils ont côtoyé les œuvres qu’ils permettent de créer. Les visiteurs ont pu observer les effets des pinceaux dans les tableaux des peintres de l’école de Barbizon. A cette époque , les manufactures de pinceaux se développement.

Les pinceaux, ancêtres des brosses

L’ancienneté et la pérennité des pinceaux sont extraordinaires compte tenu de leur simplicité et leur domaine d’application : l’art.

Ils ont traversé toutes les époques et courants artistiques. Les pinceaux sont aussi élémentaires que les balais, faits d’une touffe de fibres assemblée à un manche ou hampe. Les pinceaux sont les ancêtres de toutes les brosses, en quelque sorte des pinceaux multiples.

De la Préhistoire au 18ème siècle

Les plus anciens pinceaux

Les peintures des grottes préhistoriques (env. -10 000 ans) présentent des traces interprétées comme celles de pinceaux. Des brosses à peindre égyptiennes (-2000 ans), constituées de fibres liées, sont conservées. Cependant comme beaucoup d’inventions, celle du pinceau est souvent attribuée à la Chine et associée à la calligraphie : une légende situe l’apparition du pinceau 2500 ans avant notre ère. Le plus ancien pinceau découvert en Chine remonterait au 4ème ou 3ème siècle avant notre ère. Les civilisations premières utilisent aussi des pinceaux.

Des fabrications perpétuées     

Au Moyen Age, les pinceaux en poils fins et les brosses en soies de porc sont attestés dans les textes et les images. La distinction entre pinceaux et brosses existe déjà. Au 12ème siècle, le moine Théophile cite des pinceaux de poils fins variés dans son Traité des divers arts.  Au début du 15ème siècle, le peintre Cennino Cennini (v. 1360-70 -v. 1440) détaille dans son Traité de la peinture la fabrication des pinceaux montés sur plume et celle des brosses en soies, liées ficelle.

Les plumes ou de la ficelle permettaient d’assembler les fibres et les manches avant la généralisation des viroles métalliques. Ces procédés ne permettaient de confectionner que des pinceaux ronds. Ils figurent dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et sont toujours réalisés à Saint-Brieuc. Le montage sur plume est même une spécialité de la ville. Jusqu’au 18ème siècle, les artistes fabriquaient eux-mêmes leurs pinceaux, couleurs et autres fournitures.

L’essor des manufactures

Fin du 18ème siècle : les débuts

Les viroles en métal, mentionnées au 15ème siècle, sont réputées se développer vers 1730 avec la production de la tôle. Elles permettent de fabriquer des pinceaux plats et contribuent à l’essor des manufactures de pinceaux à la fin du 18ème siècle. Paris, capitale des arts, devient celle de la production de pinceaux. Parmi les fabriques parisiennes, celle de Chérion et Samuel voit le jour en 1779, celle de Parent en 1793. Chérion sera repris en 1840 par Gabrielle Bullier, et Parent, après plusieurs successeurs, par Charles Sauer en 1859. Ces deux entreprises s’installeront plus tard à Saint-Brieuc. Des pinceliers allemands viennent se former en France, ils prospèrent en Bavière, à Nuremberg et Dinkelsbühl.

 

Le 19ème siècle  : les brosses plates

Après la peinture néoclassique lisse, les courants artistiques aux touches larges conduisent à l’emploi des brosses à tableau plates. On attribue parfois leur invention à Eugène Delacroix (1798-1863), elles sont aussi souvent associées aux pré-impressionnistes et aux mouvements suivants. Les allemands, eux, attribuent les brosses plates au peintre Karl Gussow (1843-1907) et les nomment Gussowpinsel. Au 19ème siècle, les pinceauteries fabriquent aussi les blaireaux à barbe (qui sont de gros pinceaux) et les brosses à peindre. Celles-ci deviennent la spécialité dans l’est de la France, de Charleville (Ardennes) puis La Capelle (Aisne).

Saint-Brieuc

1860-1920 : naissance de la capitale du pinceau

Au fil du 20ème siècle, la brosserie épouse les grandes transformations de l’industrie :  mécanisation, automatisation, robotisation ; évolution des matières premières vers les synthétiques ; croissance de la taille des entreprises et concentration ; concurrence internationale, mondialisation. La montée de la grande distribution et les changements de mode de vie et de consommation, sont aussi des facteurs d’évolution constante de la brosserie.

Au 21ème siècle, la majorité du secteur brossier est mécanisée mais certaines fabrications ne peuvent l’être. Dans beaucoup de domaines (brosses de toilette de luxe, pinceaux d’art, brosses à peindre et même brosses industrielles), des entreprises maîtrisent toujours le montage manuel et des savoir-faire d’exception. Six de ces entreprises sont labellisées "Entreprise du Patrimoine Vivant : EPV".

A partir des années 1860, plusieurs facteurs provoquent le déplacement des pinceauteries vers Saint-Brieuc : la main d’œuvre féminine, l’arrivée du train en 1863, les guerres de 1870 et de 1914-1918 qui favorisent la ville loin du front. Saint-Brieuc attire les entrepreneurs et devient une ville industrielle. Quatre importantes pinceauteries s’y installent : en 1866 Bullier, en 1882 Pitet (créé en 1825 et venant de Morlaix), en 1922 Selle (créé à Paris en 1860), et en 1925 Sauer. Ces entreprises emploient des centaines d’ouvriers et exportent. Leur prospérité tient aussi aux usages alors variés des pinceaux.  Ils servent dans de nombreux domaines, pour nettoyer, coller, appliquer des produits etc.

A cette époque, les pinceauteries préparent leurs soies, poils et manches. Elles entrainent l’essor de la filière brossière : récupération des soies de porc dans toute la Bretagne, fabrication de manches, de viroles. La brosserie de ménage existe aussi à Vannes et à Rennes (ets Oberthür) ; des artisans brossiers et des fabricants de balais exercent dans plusieurs bourgs bretons.

Les 20ème et 21ème siècles : transmission des savoir-faire et apparition du maquillage

Malgré les crises du 20ème siècle, les pinceauteries réussissent à maintenir leurs procédés manuels qui nécessitent trois ans d’apprentissage. Elles se concentrent sur les pinceaux fins, cessent la fabrication de brosses à peindre, ou se spécialisent dans ce domaine. Durant la seconde moitié du siècle, les fibres synthétiques apparaissent pour les pinceaux fins.

Une évolution majeure du 20ème siècle est l’apparition des pinceaux de maquillage. Promu par le cinéma et l’industrie cosmétique, le maquillage se diffuse à partir des années 20 et s’amplifie dans les années 60. Le savoir-faire des fabriques leur permet de concevoir des pinceaux professionnels et grand public, pour tous les produits, poudres ou liquides. Elles fournissent les grandes marques de cosmétique, un domaine exigeant lié à la mode et au luxe, des spécificités françaises. Aujourd’hui les catalogues de pinceaux d’art et de maquillage comportent plus de mille références, certaines inchangées depuis les débuts des manufactures.

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