Les brosses des soldats de 1914-1918

2 novembre 2022 | Expositions, Histoire

En 2018, la Fédération Française de la Brosserie a commémoré la fin de la Première Guerre mondiale en mettant en lumière un aspect peu connu de la vie quotidienne des soldats : leurs cinq brosses réglementaires, indispensables à l’entretien de leur équipement.

La brosse en état de guerre

Cinq brosses réglementaires

Le havresac des poilus contenait une brosse à habits, une brosse à boutons, une brosse double à chaussures, une brosse à reluire et une brosse d’armes. Mais pas de brosse à dents : un achat personnel, encore loin d’être courant alors ! Ces brosses ont fait l’objet de recherches dans les archives et les musées, suivies d’une exposition au Moulin brosserie de Saint-Félix (Oise) du 8 avril au 1er juillet 2018. La présentation a fait le lien avec les brosses actuelles et montré les modèles de la Grande Guerre toujours fabriqués en France.  Le format court de l’exposition de la FFB a accompagné l’événement, ainsi que « La brosse en état de guerre », un ensemble des œuvres d’artistes réunis autour de Catherine Videlaine.

Brosses des poilus et brosses actuelles

On trouve mention des brosses à habits et à chaussures dans les armées au moins depuis le 18ème siècle. La brosse d’arme servait à nettoyer celle-ci mais non l’intérieur du canon. Aujourd’hui cette brosse et celle à boutons ne sont plus utilisées, cette dernière depuis les années 1930-1940. En revanche, la brosse à habits et les deux variétés de brosses à chaussure (à reluire et double) sont toujours produites. La brosse double à chaussures, parfois dite brosse militaire, est aussi appelée brosse décrottoir. Elle comporte deux côtés, un de fibres noires pour décrotter et un de fibres claires pour cirer. L’extrémité du manche comporte un biseau, aussi pour décrotter.
L’armée, propriétaire des brosses, les remettait aux soldats. Elles étaient inscrites dans le livret militaire et matriculées (numérotées). Les soldats les rendaient à l’armée une fois démobilisés. Les différents modèles de brosses figurent dans les catalogues des brossiers avec les accessoires complémentaires aussi fournis par l’armée : le martinet pour battre les uniformes, et la « patience », planchette en bois fendue pour glisser les boutons et les cirer avec la brosse sans tâcher les tissus. Compte tenu du nombre de soldats, ces brosses représentaient des marchés importants. Beaucoup de brosseries ont approvisionné l’armée. L'une d'entre elles existe toujours, la brosserie Savy aujourd’hui brosserie à peindre, autrefois brosserie de ménage.

Le Moulin brosserie de St-Félix et la Grande Guerre

Un témoin exceptionnel

L’exposition a eu lieu au Moulin brosserie de Saint-Félix, site majeur du patrimoine industriel brossier de France et de l’Oise. Ce département est le berceau de la brosserie depuis la fin du 18ème siècle et toujours la principale région brossière de France. Durant la guerre, la commune de Saint Félix, située à moins de 100 km du front, a été zone des armées et de cantonnement. Le moulin abritait la brosserie Autin, trente-quatre ouvriers brossiers ont été mobilisés. Le bâtiment a conservé sa roue et ses machines. Ce témoin exceptionnel permet de découvrir la fabrication traditionnelle des brosses et les conditions de travail des brossiers, ouvriers et patrons.

Brosses et art contemporain

Le Moulin a accueilli « La brosse en état de guerre », des œuvres et performance d’un groupe d’artistes réunis autour de Catherine Videlaine (1). Cette plasticienne a mené de 2014 à 2019 dans de nombreux lieux, un projet d’envergure sur la guerre de 14-18 : des Mises à feu de champs de bataille miniatures, peuplées d’allumettes-soldats, sacrifiées. Les œuvres des autres artistes ont utilisé des brosses et rendu hommage aux soldats brossiers.

Autour du moulin, sont apparus des tranchées de fibres, des écouvillons géants comme autant de canons etc. Une brosse a été décorée de la croix de guerre pour service fidèle, des fleurs ont poussé dans les fibres d’un balai comme sur un champ de bataille.

(1) Marie Barbé, Marie-France Casellas, Zandrine Chiri, Vincent Curly, Régine Lanoë, Mary-Boo.

Nos dernières parutions

Les brosses : passé, présent, futur