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Pierre Poignavent

brossier retraité

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Matières premières : des origines variées et insolites

Une des spécificités de la brosserie réside dans ses matières premières de garnissage : les fibres, nombreuses et singulières.

Elles sont soit des végétaux des pays chauds, soit des animaux des pays froids, soit des métaux et synthétiques des pays tempérés. Leurs propriétés variées permettent de créer des brosses pour différents usages, selon leur degré de résistance à l'usure, l'eau, la chaleur, aux produits chimiques.

Les fibres sont choisies en fonction de l'objet à traiter, sa matière, sa forme, sa surface et le but recherché. La densité des fibres et leur disposition font varier leurs effets. Leur choix est décisif puisqu'une brosse travaille avec son extrémité.

Les matières naturelles, végétales ou animales, ont la particularité de nécessiter des préparations importantes. Ces tâches constituent des métiers à part en entière, en amont de la brosserie. Les fibres sont récoltées, nettoyées, peignées, mélangées, mises en bottes, expédiées.

Malgré l'apparition des fibres synthétiques, les matières naturelles conservent des propriétés incomparables même si elles restent irrégulières et difficiles à travailler mécaniquement.

Les différentes fibres peuvent être mélangées entre elles pour des raisons techniques ou économiques. En brosserie, la longueur des fibres utilisées est appelée tirure.

Les matériaux composant une brosse proviennent du monde entier.

Pour la "garniture" ou partie fibres :

Les fibres végétales

Les végétaux sont à l'origine même des mots brosses et balais : balai viendrait du breton balazn,genêt, et brosse du latin bruscia et bruscum.

Pour fabriquer une brosse, on utilise des plantes de pays tropicaux qui, adaptées aux conditions climatiques locales, fournissent des fibres très résistantes à l'usure et à l'humidité.

Les principales sont :

- l’arenga, la bassine, le piassava, issus de différents palmiers, sont des fibres très résistantes et supportant les liquides. Elles sont idéales dans les utilisations extérieures,

- le chiendent, tiré de la racine de la plante du même nom, est très solide et résistant à l'eau. Ondulé, il retient l'humidité et sert pour les lave-pont et autres brosses à laver,

- le coco, prélevé sur l'enveloppe de la noix de coco, retenant les salissures, est utilisé dans la fabrication des balais et balayettes,

- la "paille de riz ", qui est en réalité une tige de sorgho,

- le tampico, tiré de feuilles d'agave, est fin, souple et résistant à la chaleur et à l'eau. Il est utilisé dans la fabrication des brosses à récurer, à vaisselle ; ainsi que dans celles des brosses industrielles de polissage, là où la résistance à la chaleur est importante et de brosses à peindre.

L'ensemble de ces fibres végétales peuvent être également traitées ensemble et constituer alors des "mélanges" pour optimiser rigidité et résistance de vos brosses.

 Les fibres animales

La matière brossière principale est la soie (poil dur et épais) du porc.

Solide et souple, ce poil dur et épais se compose d'écailles de kératine et possède une racine (auparavant dans la peau), une extrémité (fleur) fourchue, et un ressort ou résilience, autrement dit la capacité à revenir droite. L'extrémité multiple, fourchue, de ce poil en fait sa douceur.

La soie est conique et creuse, elle possède un canal interne et c'est ce qui lui permet d'absorber et de restituer les liquides. Il existe différentes qualités et couleurs de soies et on utilise aussi des soies de sanglier.

Les soies subissent une préparation complexes : elles sont nettoyées, lavées, peignées, alignées sur la racine (toutes orientées de ce côté), triées par longueurs ou tirures, mises en bottes. Elles peuvent être redressées (cuites pour être rendues droites), blanchies, teintes.

Les soies sont utilisées côté racine, dur, pour les brosses à cheveux ; côté fleur, souple, pour les pinceaux, balais et brosses de ménage.

Pour pouvoir être employées, les soies passent encore par un préparateur de fibres, un savoir-faire et des gestes uniques. Des ouvrières composent des mélanges de nature et longueur voulues, à la main pour les petites tirures, à la machine à vibrer pour les grandes. Ces procédés mélangent, mettent les soies, coniques, tête-bêche, les régularisent, les nettoient avant d'être remises en bottes.

Les autres matières animales utilisées en brosserie : du crin de cheval (crinière et queue), des poils de chèvre (matériau parmi le plus souple utilisé pour les pinceaux de maquillage par exemple), de blaireau (dont les pointes arrondies sont parfaites pour les visages) ; et des poils fins pour les pinceaux d’art et de maquillage, aux qualités inégalables.

Les poils fins possèdent une racine, un corps, un ventre et une fleur - unique - ce qui les distingue des soies, fourchues. Le ventre et la fleur, jamais coupée, permettent de confectionner des pointes de ces pinceaux qui "font la pointe".

Chaque type de poils fins présente des qualités différentes de souplesse, douceur, finesse… et sont soigneusement choisis pour leurs qualités. Les poils des pinceaux présentent d’autres atouts : réservoir d’eau, finesse de la pointe …

Les fibres métalliques

Les fibres métalliques sont essentiellement utilisées pour les brosses techniques : brosses à main, brosses d'outils électroportatifs et de machines.

Les principaux métaux employés sont l'acier (doux, trempé, laitonné, inoxydable), le laiton, le bronze.

L'acier est utilisé sur de nombreux matériaux (métaux, bois, pierre), l'acier inoxydable pour les métaux non ferreux, les usages alimentaires ; le laiton sur le laiton, les métaux non ferreux ; le laiton et le bronze, qui ne produit pas d'étincelles, en milieux dangereux.

Pour moduler les propriétés des métaux, les fils peuvent être droits, plats, ondulés, torsadés, toronnés (tordus ensemble pour former un câble), de différents diamètres, réunis en mèches au nombre de fils variables. Ils servent principalement pour des opérations d'abrasion à différents degrés : nettoyer, décaper, ébavurer, polir, satiner etc.

Les fibres synthétiques

Les synthétiques, qui fournissent à la fois des fibres et des montures, jouent un rôle important dans la brosserie et son histoire. Ils constituent son domaine d'innovations techniques et d'évolutions esthétiques. Les synthétiques sont apparus dès la fin du 19eme siècle pour les montures, avec le celluloïd, la galalithe (protéine de lait coagulé dans du formol), puis se sont développés après la 2nde Guerre Mondiale avec les plexiglas, rhodoïd, thermoplastiques etc.

Dans les années 80, ils ont pris leur essor avec l'injection de polymères dans des moules, procédé dominant pour la production d'objets de grande consommation. Depuis les années 90, la bi-injection permet les montures bi-matière, notamment de brosses de ménage, de toilette, de bosses à dent et pinceaux. Elle permet de combiner les propriétés, textures, couleurs, de développer l'ergonomie, le design.

Les fibres synthétiques ont débuté avec le nylon, inventé en 1935 aux Etats-Unis par DuPont de Nemours, sa première application a été la brosse à dent. Les fibres synthétiques, proches du textile, ont peu à peu gagné toute la brosserie. Leur approvisionnement est facile, elles sont économiques, régulières, plus aisées à travailler que les matières naturelles et moins soumises aux aléas  géopolitiques.

Une dizaine de fibres synthétiques est employée : le polychlorure de vinyle (PVC), polypropylène (PP), polyéthylène (PE), polyester (PET, PBT), polyamides (PA), les différentes variétés de nylon etc.

Leur diamètre peut varier, ces fibres peuvent être creuses (gain de poids), abrasives (avec des grains d'aluminium, silicium, céramique), alimentaires (adaptées à ce contact et incluant des particules de métal détectables). Des fibres spéciales (Rilsan, Pekalon ...) résistantes à la chaleur, aux produits chimiques, aux contraintes mécaniques, permettent de répondre à des usages particuliers.

Leurs applications et caractéristiques techniques et résistance chimique sont à consulter :

Les montures

Les montures (corps des brosses) peuvent être en bois, en plastique ou en métal. Les principales essences de bois employées sont le hêtre (résistant à l'eau), l'hévéa pour les brosses de ménage, le pin des landes (pour les manches à balais) et les bois exotiques comme le bubinga, ébène, olivier etc… bois précieux qui marient l’esthétique et le raffinement pour les brosses à cheveux par exemple.

L'activité de la brosserie est d'ailleurs initialement un métier du bois. 

La Fédération Française de la Brosserie
11 rue de l'Arsenal
75004 Paris