Brosses et Histoire

FFB-2017-6785

Les pinceaux d’art

Saint-Brieuc, Musée d’Art et d’Histoire

5-14 octobre 2018

Barbizon, Musée Départemental des Peintres de Barbizon

6-7 avril 2019

Les pinceaux à Saint-Brieuc et Barbizon 

Saint-Brieuc (Côte d’Armor) est la capitale du pinceau d’art. Le festival Le Temps des Sciences et le Musée d’Art et d’Histoire ont accueilli la mini-exposition de la FFB, complétée de pinceaux et de brosses produits à Saint-Brieuc. Cette présentation a été reprise au Musée Départemental des Peintres de Barbizon lors des Journées Européennes des Métiers d’Art. Une pincelière briochine a réalisé des démonstrations de fabrication. Au musée de Barbizon, ces outils ont côtoyé les œuvres qu’ils permettent de créer. Les visiteurs ont pu observer les effets des pinceaux dans les tableaux de cette école fameuse. C’est d’ailleurs à cette époque que les manufactures de pinceaux se développent.

En quoi les pinceaux sont-ils des outils exceptionnels ?

Quels que soient la date et le lieu exacts de leur apparition, l’ancienneté et la longévité des pinceaux sont extraordinaires compte tenu de leur simplicité et de leur domaine d’usage : l’art. Ils ont traversé toutes les époques et courants artistiques. Les pinceaux sont aussi élémentaires que les balais, faits d’une touffe de fibres assemblée à un manche ou hampe. Les pinceaux sont les ancêtres de toutes les brosses, en quelque sorte des pinceaux multipliés.

Les pinceaux, ancêtres de toutes les brosses

Les peintures des grottes préhistoriques (env. -10 000 ans) présentent des traces interprétées comme celles de pinceaux. Des brosses à peindre égyptiennes (-2000 ans), constituées de fibres liées, sont conservées. Cependant comme beaucoup d’inventions, celle du pinceau est souvent attribuée à la Chine et associée à la calligraphie : une légende situe l’apparition du pinceau -2500 ans avant notre ère. Le plus ancien pinceau découvert en Chine remonterait au 4ème ou 3ème siècle avant notre ère. Par ailleurs, les civilisations premières utilisent aussi des pinceaux.

Les pinceaux d’art, une fabrication millénaire

Au Moyen Age, les pinceaux en poils fins et les brosses en soies de porc sont attestés dans les textes et les images. La distinction entre pinceaux et brosses existe déjà. Au 12ème siècle, le moine Théophile cite des pinceaux de poils fins variés dans son Traité des divers arts.  Au début du 15ème siècle, le peintre Cennino Cennini (v. 1360-70 -v. 1440) détaille dans son Traité de la peinture la fabrication des pinceaux montés sur plume et celle des brosses en soies liées ficelle.

Ces méthodes, utilisées avant les viroles métalliques, ne permettaient de confectionner que des pinceaux ronds. Elles figurent dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et sont toujours pratiquées à Saint-Brieuc. Le montage sur plume est une des spécialités de la ville. Au 17ème siècle, des manufactures apparaitraient en Europe mais jusqu’au 18ème siècle, les artistes fabriquent eux-mêmes leurs pinceaux, couleurs et autres fournitures.

Fin du 18ème siècle : l’essor des manufactures de pinceaux

Les viroles en métal, mentionnées au 15ème siècle, sont réputées se développer vers 1730 avec la production de la tôle. Celle-ci permet de fabriquer des pinceaux plats et contribue à l’essor des manufactures de pinceaux à la fin du 18ème siècle. Les fabriques à l’origine des entreprises de Saint-Brieuc naissent à Paris à cette époque (en 1779, Cherion & Samuel acquis en 1840 par Gabrielle Bullier ; en 1793, Parent repris en 1840 par Charles Sauer). Paris, capitale des arts, devient celle de la production de pinceaux. Des pinceliers allemands viennent se former en France, cette activité prospère à Nuremberg et Dinkelsbühl en Bavière.

Le 19ème siècle : mouvements picturaux et brosses à tableau

Après la peinture néoclassique lisse, les courants aux touches larges conduisent à l’emploi des brosses à tableau plates. On attribue parfois leur invention à Eugène Delacroix (1798-1863), elles sont aussi souvent associées aux pré-impressionnistes et aux mouvements suivants. Les allemands, eux, les attribuent au peintre Karl Gussow (1843-1907) et les nomment Gussowpinsel. Au 19ème siècle, les pinceauteries fabriquent aussi les blaireaux à barbe (qui sont de gros pinceaux) et les brosses à peindre. L’est de la France, Charleville (Ardennes) puis La Capelle (Aisne) se spécialisent dans ce domaine.

1860-1920 : naissance de la capitale du pinceau

A partir des années 1860, plusieurs facteurs provoquent le déplacement des pinceauteries vers Saint-Brieuc : la main d’œuvre féminine, l’arrivée du train en 1863, et les guerres de 1870 et 1914-1918 qui favorisent cette ville loin du front. Saint-Brieuc attire les entrepreneurs et devient une ville industrielle. Quatre importantes pinceauteries s’y installent : en 1866 Bullier, en 1882 Pitet (créé en 1825 et venant de Morlaix), en 1922 Selle (créé à Paris en 1860), et en 1925 Sauer. Elles emploient des centaines d’ouvriers et exportent.

A cette époque, les fabriques préparent leurs soies, poils et manches, elles entrainent l’essor de la filière brossière : récupération des soies de porc dans toute la Bretagne, fabrication de manches, de viroles. La brosserie de ménage existe à Vannes et à Rennes (ets Oberthür) ; des artisans brossiers et des fabricants de balais exercent dans divers bourgs bretons.

Le 20ème siècle : transmission des savoir-faire et apparition du maquillage

Malgré les crises du 20ème siècle, les pinceauteries réussissent à maintenir leurs procédés manuels nécessitant trois ans d’apprentissage. Elles se concentrent sur les pinceaux fins, cessent la fabrication de brosses à peindre, ou se spécialisent dans ce domaine. Durant la seconde moitié du siècle, les fibres synthétiques apparaissent pour les pinceaux fins.

Une évolution majeure du 20ème siècle est l’apparition des pinceaux de maquillage. Promu par le cinéma et l’industrie cosmétique, le maquillage se diffuse à partir des années 20 et s’amplifie dans les années 60. Le savoir-faire des fabriques leur permet de concevoir des pinceaux pour tous les produits, poudres ou liquides. Les pinceauteries fabriquent des pinceaux professionnels et grand public. Elles fournissent les grandes marques de cosmétique, un domaine exigeant lié à la mode et au luxe, des spécificités françaises.

Aujourd’hui, les catalogues de pinceaux d’art et de maquillage comportent plus de mille références, certaines inchangées depuis les débuts des manufactures.

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