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LES BROSSES DANS L'HISTOIRE

" Le monde des objets se divise en deux : ceux pour lesquels il existe un brosse pour les nettoyer et ceux pour lesquels une brosse a été utilisée pour les fabriquer "

Muriel Rousseau

Commissaire de l'exposition Du ménage à l'art

Techniques et savoir-faire : Pour tout savoir sur la fabrication d’une brosse hier aujourd’hui et … demain !

Chronologie - les repères

L'histoire des brosses, balais et pinceaux est encore à établir tant elle se situe à la croisée de différents domaines : archéologie, histoire de l'habitat, de l'art, du corps (beauté, coiffure, maquillage), de l'industrie, des techniques, du commerce.

Les connaissances actuelles ne permettent de proposer que quelques repères.

- 10 000 ans av. J.C  : des pinceaux servent pour les grottes à la fin du Paléolithique Supérieur

- Égypte ancienne : usage de balais, brosses à cheveux, pinceaux d'art et de maquillage

- 2500 ans av. J.C : invention légendaire du pinceau en Chine

- 3ème siècle av. J.C. : date du plus ancien pinceau retrouvé en Chine ?

- Civilisation gallo-romaine : usage de balais de végétaux

- 12ème siècle : 1er traité sur les pinceaux d'art d'un moine germanique

- 1437 : Cennino Cennini décrit la fabrication des pinceaux dans Le Livre de l'art

- 1486 : mention du métier de vergetier, fabricant de vergette (de verge : baguette en bois), ustensile servant à vergeter (brosser) les habits et divers objets

- 15ème siècle : invention en Chine de la brosse à dents

- 1597 : mention du métier de brossier, synonyme de vergetier

- Vers 1730-1750 : invention de la tôle, elle permet de fabriquer des viroles de pinceaux

- Fin 18ème siècle : fabrication de brosses à dents en série en Angleterre

- 19ème siècle : apparition du terme de brosserie. La révolution hygiénique et industrielle entraîne le l'essor de la brosserie dans toutes les régions à forte activité économique

- Après la seconde guerre mondiale, les brosses en plastique se généralisent et remplacent les fibres animales et végétales. La fabrication se déplace progressivement en Europe de l'est et en Asie.

Historiquement, on présente tout d'abord le Vergetier, qui faisait des vergettes :« petite branche » puis « brins de bruyère réunis en poignée pour battre les habits ». La vergette désigna ensuite la brosse en soies de porc ou de sanglier. Vergétier au XVeme siècle, brossier ensuite, le métier a connu toutes les évolutions des activités artisanales : mécanisation, ouverture internationale, approvisionnement mondial, accroissement de la taille des entreprises, concentration, automatisation de la production et bouleversement des circuits de distribution.

Dès son origine, l’activité de brosserie s’est développée aux côtés de la tabletterie (fabrication d’objets de petite taille en matière rare et précieuse (nacre, ivoire… ). Les artisans se sont ensuite spécialisés et le BROSSIER est ainsi devenu « l’artisan qui conçoit et fabrique manuellement les brosses en mettant en œuvre ces matières rares » - Source INMA Une corporation de brossiers s'est développée en France, dès le XVIIème siècle, mais c'est au début du XIXème siècle que l'activité s'accroit, accompagnant de nouvelles règles d'hygiène.

La brosserie dite « traditionnelle » - fabrication des brosses à cheveux et autres brosses de toilette, à habits et de ménage – se développe essentiellement dans l’Oise en ce début du XIX siècle. Les tabletiers de l'Oise, fabricants de petits objets en bois, corne, os (deux matières bannies de Paris) s'orientent vers la brosserie de toilette. Celle-ci va devenir la spécialité de ce département. Il se trouve près de Paris, possède des ressources en main d'œuvre, en énergie hydraulique et moyens de transport. Cette longue présence en un même lieu a favorisé la conservation et la valorisation de ce savoir-faire. L'Oise a été le département où la brosserie a connu le plus grand essor pour atteindre son apogée à l'aube de la première guerre mondiale

Le savoir-faire est toujours présent dans ce département, comme en témoigne la présence de nos adhérents La Brosse et Dupont, La Brosserie Française, Fournival, Desjardins.*

A son apogée début du XXème siècle pour décliner entre les deux guerres, la brosserie s’est en parallèle développée sur tout le territoire d’une France qui s’industrialisait. En effet, les industries naissantes ont fait appel à de très nombreuses brosses techniques. L'apparition des machines à monter va progressivement industrialiser l'activité. Le changement des comportements de consommation impacte également le secteur. De même, les matières premières utilisées évoluent, au profit de matières premières synthétiques.

LA BROSSERIE DANS L’OISE ET A HERMES

Les débuts de la brosserie dans l’Oise et à Hermes

L’Oise est le berceau de la brosserie en France et toujours sa principale région. Cette activité débute en 1810 avec la fabrication de brosses à dents. Elles sont produites par des tabletiers de la région de Méru, au sud du département, à une dizaine de kilomètres de Hermes. Ces fabricants étaient spécialisés dans les petits objets (boutons, éventails etc.) en matières dures (os, bois, nacre, ivoire etc.). Après la Révolution, ils se tournent vers les brosses à dents qui se développent avec l’hygiène.

Vers 1830, cette production s’étend à la vallée du Thérain où se situe Hermes. Cette vallée devient un foyer de la brosserie. Celle-ci et l’Oise bénéficient de la proximité de Paris et se spécialisent dans les “article de Paris” et la brosserie de toilette. Cette industrie va connaitre un essor considérable. Durant le premier quart du 20ème siècle, elle s’étend à une centaine de communes et emploie plus de 6000 ouvrières et ouvriers.

Le patrimoine brossier de Hermes 

Hermes, à 18 km de Beauvais, la préfecture, est significative de la brosserie du 19ème au 21ème siècle. Toute la filière est représentée, Hermes abrite toujours des entreprises de préparation de fibres (Brigaud SAS), de montures (Fournival), et une unité logistique de LBD (La Brosse et Dupont), principale brosserie française. Hermes conserve aussi plusieurs bâtiments d’architecture industrielle brossière, et ainsi qu’une île où les tabletteries et les brosseries étaient concentrées.

A l’initiative de Frédéric Brigaud, préparateur de fibres, ce patrimoine vivant a été étudié et présenté lors d’une exposition à la Mairie, pendant les Journées du Patrimoine. Les brossiers, ouvriers, patrons et descendants, ont apporté leurs témoignages, documents et collections. La mairie conserve les panneaux de l’exposition qui retracent l’histoire de la brosserie hermoise. Ces journées ont donné lieu à des démonstrations manuelles de préparation de soies, de contreperçage de montures, et de montage de brosses. Ces techniques ne sont maîtrisées que par quelques ouvrières et ouvriers.

Les facteurs de développement de Hermes

Plusieurs facteurs ont conduit à l’implantation de la brosserie à Hermes : la présence d’énergie hydraulique, la proximité de Beauvais et Paris, des communications ferroviaires et routières, une main d’œuvre disponible et un tissu industriel ancien. Celui-ci comprenait des moulins actionnant des scieries et des tabletteries qui pouvaient produire des montures de brosses, en bois et en os. Ces conditions ont attiré les brossiers d’autres villes à Hermes.

La majorité de l’activité dans le secteur de la Brosserie est aujourd’hui mécanisée. Il subsiste néanmoins des professionnels permettant à la pinceauterie et à la brosserie fine de faire subsister en France des montages, virtuoses, à la main. Six d'entre eux sont labellisés "Entreprise du Patrimoine Vivant : EPV".  

Ce label est attribué par l’État français aux entreprises détentrices d'un patrimoine économique spécifique et d'un savoir-faire rare.  Cette marque de reconnaissance, mise en place pour distinguer des entreprises d’excellence, récompense la haute valeur-ajoutée des fabrications artisanales et industrielles des brossiers ainsi distingués.

Label Entreprise du Patrimoine Vivant
Musee-moulin-brosseroe

Ici les goupillons "Hommage aux poilus" de Catherine Videlaine, exposés en 2018 au Moulin-brosserie de Saint-Félix.

Une visite s'impose si vous vous intéressez à cette histoire de la brosserie : le Moulin-brosserie de Saint-Félix, dernier vestige d’une activité industrielle très importante dans l’Oise, la brosserie fine en os et en bois.

Le moulin de St Félix a été classé monument historique en 1991, en raison de son ancienneté (au moins le XVIème siècle), de son équipement « tournant » exceptionnel (trois roues à aubes, dont une équipée d’un régulateur à boules) et de son architecture représentative de l’histoire industrielle de cette partie de la vallée du Thérain du XIXème siècle.

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